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Archives de la catégorie ‘HISTOIRE’

Histoire: une majorité de jeunes ignore ce qu’est la rafle du Vel d’Hiv

Une majorité (57 à 67%) des moins de 35 ans ne sait pas ce qu’est la rafle du Vel d’Hiv, qui conduisit il y a 70 ans à la déportation de plus de 13.000 Juifs arrêtés à Paris par la police française, selon un sondage publié lundi.

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                                           Photographe :  :: Photo prise en 1942 de juifs internés dans le camp de Drancy après avoir transité par le stade du Vélodrome d'Hiver à Paris
                                                                 photo : AFP

La commémoration des 70 ans de la rafle du Vel d’Hiv débute lundi devant l’ancien camp d’internement de Drancy (Seine-Saint-Denis) et se poursuivra dimanche 22 juillet à Paris, sur les lieux de l’ancien Vélodrome d’Hiver, détruit en 1959, en présence du président de la République François Hollande.

Selon ce sondage CSA, 67% des 15-17 ans, 60% des 18-24 ans, et 57% des 25-34 ans répondent « non » à la question: « Avez-vous déjà entendu parler de la rafle du Vel d’Hiv? ». Mais 25% des plus de 65 ans n’en ont pas non plus entendu parler, pour une moyenne tous âges confondus de 42%.

Cette rafle tire son nom du Vélodrome d’hiver, un stade près de la Seine (XVème arrondissement), où 8.160 des Juifs étrangers raflés les 16 et 17 juillet 1942 furent enfermés par les autorités françaises.

 

La quasi totalité des 13.152 Juifs étrangers arrêtés lors de cette rafle par la police française sur la demande de l’occupant allemand, qui en réclamait 24.000, furent déportés. Moins d’une centaine – aucun enfant – survécurent.

« Moins d’un tiers des étudiants français savent que c’est la police française qui a procédé à la rafle du Vel d’Hiv (32%), et moins de la moitié des Français dans leur ensemble (46%) », souligne l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), qui a commandé ce sondage, dans un communiqué.

Pour ceux qui en ont entendu parler, c’est en premier lieu par des films et documentaires (87%), loin devant leur entourage (53%), l’école (49%) et Internet (21%), selon le sondage.

En revanche, 85% des Français et 88% des jeunes de 18 à 24 ans « considèrent que la transmission de la mémoire de la Shoah est importante ».

« Ce sondage révèle que les Français ont à coeur que soit transmise la mémoire de la Shoah. Cependant, il dévoile aussi la faible connaissance de l’histoire de la rafle du Vel d’Hiv, et de la participation des autorités françaises, alors que cet événement est crucial dans la conscience nationale et que sa transmission comporte un acte pédagogique dans la lutte contre toutes les formes de haine », fait valoir le président de l’UEJF Jonathan Hayoun.

« Face à ceux qui veulent jouer la concurrence des mémoires, il est important de rappeler que les leçons de l’histoire de la Shoah sont universelles, et prennent tout leur sens dans le climat de recrudescence de l’antisémitisme », a-t-il dit, réclamant que « la lutte contre le racisme et l’antisémitisme » devienne « une grande cause nationale ».

Lundi, une cérémonie aura lieu à partir de 11H00 à la cité de la Muette, devant l’ancien camp d’internement d’où furent déportés vers les camps d’extermination des milliers de Juifs, victimes notamment de la grande rafle de juillet 1942, a indiqué à l’AFP le rabbin Moché Lewin, porte-parole du Grand Rabbin de France.

Deux expositions consacrées aux enfants de la Shoah se tiennent à Paris, au Mémorial de la Shoah et à l’Hôtel de Ville. Une troisième, intitulée « La rafle du Vel d’Hiv, les archives de la police » s’ouvre lundi à la mairie du IIIe arrondissement de Paris.

Le sondage a été réalisé par CSA les 4 et 5 juillet 2012 auprès de 1.056 Français selon la méthode des quotas

 
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François Hollande officiellement investi président de la République

François Hollande est officiellement devenu mardi le 7e président de la Ve République lors d’une cérémonie de passation de pouvoirs avec le président sortant, Nicolas Sarkozy, scellant le retour de la gauche au plus haut sommet de l’Etat après 17 années d’absence.

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                                Photographe : Lionel Bonaventure :: François Hollande sur les Champs Elysées le 15 mai 2012
 
                             photo : Lionel Bonaventure, AFP

La journée du nouveau président sera ensuite marquée par des cérémonies symboliques dans Paris, la nomination de son Premier ministre, sans doute Jean-Marc Ayrault, et un déplacement en fin de journée à Berlin pour une première rencontre avec la chancelière allemande, Angela Merkel.

Après sa première allocution, le nouveau chef de l’Etat a entamé sous la pluie vers 11H45 une remontée des Champs-Elysées dans une Citroën DS5 décapotable, encadré de motards de la Garde républicaine. Devant un public clairsemé, lui-même trempé par l’averse, il a ensuite rendu hommage au Soldat inconnu à l’Arc de Triomphe, à midi.

Pour son premier discours à l’Elysée, M. Hollande a auparavant voulu adresser un « message de confiance » aux Français, en dépit du « poids des contraintes » de sa charge, à commencer par une « dette massive ».

  • 15 mai 07:41Il s’est aussi d’emblée démarqué de la pratique du pouvoir de son prédécesseur, souvent décrit en « hyper-président »: « Je fixerai les priorités, mais je ne déciderai pas » de tout, « pour tout et partout », a-t-il dit, après avoir répété au long de sa campagne électorale qu’il ne serait ni chef de gouvernement ni chef de majorité. « Le pouvoir sera exercé au sommet de l’Etat avec dignité et simplicité », a promis le nouveau président, soulignant que la France avait besoin « d’apaisement, de réconciliation » et d’un Etat « impartial ».

Quelques heures avant une première rencontre à Berlin avec la Chancelière Angela Merkel, M. Hollande a aussi dit vouloir ouvrir « une voie nouvelle en Europe » et pointé la « nécessité » d’une « réciprocité » dans les échanges commerciaux de l’Union européenne avec l’extérieur.

Après avoir reçu les honneurs militaires sous la pluie dans le jardin de l’Elysée, le nouveau président s’est rendu dans la salle des fêtes saluer les invités: corps constitués (dont les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale), le doyen du corps diplomatique, des représentants des partenaires sociaux et une « trentaine » d’invités personnels, d’après son entourage.

D’anciens Premiers ministres socialistes et des parlementaires corréziens étaient aussi présents. Devant l’Hôtel des Invalides, vingt-et-un coups de canon (à blanc) ont été tirés.

Le président élu le 6 mai était arrivé, sous le soleil, à 10H00 au palais de l’Elysée pour la passation de pouvoirs et son investiture qu’il a souhaitée « sobre ». Costume sombre et cravate bleu foncé, M. Hollande a été accueilli par M. Sarkozy en bas des marches du perron, sur le tapis rouge, où les deux hommes ont échangé une poignée de mains avant d’entrer dans le palais de l’Elysée.

Lors d’un entretien d’environ 40 minutes, MM. Sarkozy et Hollande ont procédé à la passation de pouvoirs dans le bureau du président sortant qui, cinq ans après son entrée à l’Elysée, a notamment transmis les codes nucléaires à son successeur, qui l’a battu le 6 mai avec 51,6% des voix.

Fait inédit: le nouvelle première dame, Valérie Trierweiler, s’est dans le même temps entretenue en tête-à-tête avec Carla Bruni-Sarkozy. M. Hollande et sa compagne ont ensuite raccompagné M. Sarkozy et son épouse jusque sur le perron.

Devant le Palais, des militants UMP s’époumonaient pour rendre hommage au président sortant, qui a quitté l’Elysée en voiture pour rejoindre un quart d’heure plus tard avec son épouse leur domicile dans le XVIe arrondissement.

M. Hollande devait lui avoir déjeuner privé à l’Elysée, avant des hommages à Jules Ferry et Marie Curie en début d’après-midi.

François Hollande est attendu vers 15H00 à l’Hôtel de Ville, où il doit prendre la parole après le maire de Paris, le socialiste Bertrand Delanoë.

A l’issue de cette cérémonie, le nouveau secrétaire général de l’Elysée, qui aura été nommé dans la matinée, annoncera le nom du Premier ministre.

Jean-Pierre Jouyet, président de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et très proche de François Hollande, a vendu la mèche mardi matin, avant de le regretter, en révélant que M. Ayrault, député-maire PS de Nantes, allait être nommé à Matignon.

A 16H00, le président partira pour Berlin où il aura un dîner de travail avec Angela Merkel.

Titanic: 100 ans après, la légende de l’orgueilleux paquebot reprend vie

Fleurs jetées à la mer qui avait englouti le Titanic, fusées de détresse sur le port canadien d’Halifax où reposent de nombreuses victimes: 100 ans après le naufrage, la légende de l’orgueilleux paquebot reprend vie.

 
                                      Photographe : Peter Muhly :: Un touriste prend une photo d'un panneau représentant le Titanic, à Belfast, le 14 avril 2012
 
                                             photo : Peter Muhly, AFP

Le naufrage et ses quelque 1.500 morts avait été symbolique à plus d’un titre: arrogance de l’homme moderne punie par la nature, ségrégation entre les millionnaires en première classe et les immigrants et matelots logés près de la cale, sauvetage des femmes et sacrifice des hommes, voire, pour certains, annonce prémonitoire du déclin de l’empire britannique.

Aussi, sa commémoration a-t-elle pris l’allure d’un événement international, des côtes irlandaises et britanniques à celles de l’Amérique du Nord, pour atteindre son point culminant dans la nuit de samedi à dimanche sur les lieux mêmes de la catastrophe dans l’Atlantique nord, à environ 800 km au sud-est d’Halifax.

 

Un siècle, heure pour heure, après la rencontre fatale avec un iceberg, plus de 1.700 passagers de deux bateaux de croisière, le Balmoral, venant de Southampton, comme le Titanic, et le Journey, parti de New York, allaient assister à la reconstitution de certains moments de la nuit fatale, comme l’annonce de la collision par le capitaine et l’appel de détresse.

Il n’y avait pas d’icebergs dans cette zone et la mer était calme, avec pratiquement pas de vagues, selon des images transmises par les télévisions canadiennes.

Hormis ces passionnés privilégiés, dont certains sont experts de l’histoire du naufrage et d’autres descendants de passagers du Titanic, des milliers de personnes se sont senties personnellement concernées par la commémoration.

Warren Ervine, ingénieur géologue septuagénaire originaire de Belfast, fondateur de la société GeoTech d’Halifax, était parmi les centaines de marcheurs qui ont parcouru samedi soir en procession les rues d’Halifax, un flambeau électrique ou un cierge à la main, derrière une charrette transportant un ancien cercueil vide.

Son oncle Albert, le plus jeune membre d’équipage du Titanic – il avait 18 ans et neuf mois -, avait péri dans le naufrage de 1912.

« Mon père était toujours très triste » quand on évoquait le Titanic, se rappelle-t-il, et il gardait le silence. « Comme les gens qui reviennent de la guerre et ne veulent pas en parler ».

« Jusqu’il y a dix ans, je ne savais même pas que mon oncle était membre d’équipage, j’ai cherché son nom sur la liste de passagers », confie-t-il.

Les habitants du port canadien d’Halifax se sentent tout aussi impliqués que ceux de Belfast, où le Titanic avait été construit, ou de Southampton, d’où il a pris la mer pour son voyage inaugural avec plus de 700 habitants de la région comme membres d’équipage.

C’est d’Halifax que sont partis les vaisseaux chargés de retrouver les corps des victimes et c’est là que sont enterrées 150 d’entre elles.

Samedi soir, à l’issue de la marche aux flambeaux, environ deux mille personnes étaient rassemblées, recueillies, devant l’hôtel de ville où une scène en forme de proue du Titanic avait été érigée.

Une « Veillée du Titanic », animée par une vingtaine d’artistes, acteurs et musiciens, a suivi pour évoquer différents aspects du drame, et notamment le courage de l’orchestre du paquebot qui avait continué à jouer malgré le danger, réduisant la panique à bord.

A 00H27 locales, Halifax devait observer un moment de silence, symbolisant l’arrivée du dernier message du Titanic transmis par la télégraphie sans fil. Puis des fusées éclairantes doivent monter vers le ciel, reproduisant l’appel de détresse du navire.

 

Algérie : une guerre d’appelés

 

                
        
                          Des soldats de la 27e division d'infanterie d'Afrique débarquent à Alger en septembre 1955.
 Des soldats de la 27e division d’infanterie d’Afrique débarquent à Alger en septembre 1955.                   
                                               Crédits photo : Rue des Archives/©Rue des Archives/RDA

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  • Pendant longtemps, les jeunes soldats partis de l’autre côté de la Méditerranée durant leur service militaire ont préféré oublier ou se taire. Mais, à l’occasion du cinquantième anniversaire des accords d’Évian, des voix commencent à se faire entendre.
Ce fut la dernière guerre des Français. L’Indochine n’avait concerné que les militaires de profession. Combats lointains, à tort vite oubliés. La guerre d’Algérie a mobilisé plus de 1,5 million de jeunes appelés et, à ce titre, elle a profondément marqué toutes les familles françaises. Pas une qui ne compte un parent envoyé en Algérie. Le 19 mars 1962, le jour du cessez-le-feu fixé par les accords d’Évian, ils étaient encore 400.000 sur le terrain. Pour certains, le service militaire avait duré dix-huit, voire trente mois. Quelques-uns ne sont jamais revenus: 15.583 sont morts au combat et 7917 ont été victimes d’accidents divers, notamment de la route. Mais, au-delà des pertes, ce fut un véritable traumatisme pour toute une génération. Certains sont restés profondément marqués dans leur chair par le conflit. Plusieurs dizaines de milliers reçoivent encore aujourd’hui une pension d’invalidité. Mais ce sont les âmes qui ont été le plus atteintes. Pour ceux qui ont eu 18 ans dans les années 1954-1961, le passage de la vie d’adolescent à la vie d’adulte fut terrible. Combien de vies brisées, de rêves déçus?Aussi, pendant longtemps, ces jeunes appelés ont préféré oublier. Ils se sont tus, croyant protéger leur famille. C’est ce que Florence Dosse, dans un beau livre, a appelé le «vécu congelé» (1). Depuis quelques années, le souvenir se réveille et, à l’occasion du cinquantenaire des accords d’Évian, des voix commencent à se faire entendre (2). De multiples publications évoquent le destin de ces jeunes appelés qui ont basculé du jour au lendemain, après la quiétude métropolitaine, dans la brutalité d’un pays méditerranéen dont la beauté cachait une violence sourde. Peut-être faudra-t-il encore de nombreuses années pour que les cicatrices se referment définitivement.Tout avait commencé dans la nuit du 1er novembre 1954, la fameuse «Toussaint rouge», à peine dix ans après la Libération de la France. Une trentaine d’attentats menés sur tout le territoire algérien tuent huit personnes, dont certains appelés. Le père d’un soldat de première classe stationnant à Batna dans les Aurès recevra peu après la lettre suivante: «On ne se console pas de la perte d’un grand fils mais que le fait que celui-ci soit tombé à son poste de combat sans souffrance soit au moins pour vous un adoucissement. En m’inclinant devant votre douleur et celle de tous les vôtres, je vous renouvelle, Monsieur, nos condoléances émues.» Dans les mois et les années qui vont venir, des milliers de lettres semblables seront envoyées. Le 20 août 1955, dans le Constantinois, plus de 70 civils européens sont massacrés au couteau et à la hache. Le gouvernement d’Edgar Faure décide de rappeler en Algérie les soldats du contingent «disponible». La France va petit à petit s’enfoncer dans une guerre qui ne dit pas son nom. Au fil des mois, les attentats se multiplient et, après le drame de Palestro où 19 soldats du contingent sont tués dans une embuscade, la question algérienne se transforme en drame national.

Des corps de soldats français éventrés

En toute hâte, les appelés venant de toute la France sont convoyés vers la gare Saint-Charles à Marseille, ultime escale européenne avant Oran ou Alger. La traversée de la Méditerranée a semblé, pour certains, ressembler à une grande colonie de vacances en croisière, tandis que, pour d’autres, le parcours a été très éprouvant, coincés à fond de cale. Pendant les vingt heures de voyage, l’autorité militaire fait circuler les photos de corps de soldats français éventrés, remplis de sable, des femmes et des enfants mutilés par le FLN. Les plus avisés savent qu’une guerre sale n’est jamais à sens unique. Les autres sont épouvantés. Le débarquement en Algérie n’est pas de nature à les rassurer. Le premier choc est thermique et esthétique. La chaleur du soleil et la beauté d’Alger la Blanche éblouissent les yeux, mais beaucoup d’appelés témoignent de leur surprise à propos des profondes injustices sur place et de l’attitude parfois méprisante de certains «pieds-noirs». André Maurel, rappelé dans la Marine au sein de la demi-brigade de fusiliers marins, se souvient de cet été 1956, alors qu’il patrouillait dans Alger. Un grand policier pied-noir s’approcha de lui: «Et vous voulez qu’on laisse tout ça à ces “crouilles”?» Quelques instants après, le même policier insulte et frappe sous ses yeux un vieil Arabe sans défense. Le jeune marin résume alors le sentiment de beaucoup d’appelés: «Nous, les Français de métropole, nous étions gênés et malheureux d’avoir été témoins de cet excès d’injustice.» Nombre d’appelés se disent que la rébellion a quelques racines bien anciennes qui tiennent aux erreurs et aux aveuglements de certains intérêts en place. Tous les Français d’Algérie ne sont évidemment pas à placer dans le même sac.

«La guerre de ringards»

Mais les soldats ne sont pas là pour faire de la politique. Très vite, ils sont affectés sur tout le territoire algérien. Pour les pistonnés, c’est le travail administratif à l’état-major, la planque ou, comme dit l’un d’eux, «la guerre de ringards». Elle peut se faire aussi sur le terrain, à travers les sections administratives spécialisées (SAS) que la France a créées pour associer l’armée à des missions d’encadrement administratif et humanitaire des populations locales. Les quinze mois passés dans le cadre d’opérations de «pacification» se limitent pour certains à rester sur un piton, avec pour seule distraction le cinéma militaire une fois par mois. Mais, dans d’autres cas, ce sont les opérations de maintien de l’ordre, les embuscades, les trahisons, la nuit dans les djebels un fusil-mitrailleur MAT 49 à la main, ou bien les quadrillages de quartiers, les visites domiciliaires, etc. Les appelés sont parfois confrontés à de grandes horreurs. Le FLN tue non seulement des Européens et des harkis (les musulmans engagés avec les Français), mais aussi des Algériens modérés. Ainsi, le 28 mai 1957, l’Armée française découvre 300 villageois exterminés au couteau à Melouza. La tuerie aurait été ordonnée par un ancien agent nazi, devenu colonel de l’armée du FLN, puis ministre bien après l’indépendance. Seule faute des habitants de ce village: être partisans du modéré Messali Hadj. Mais le plus traumatisant pour les appelés, c’est lorsque, au cours d’une patrouille, ils trouvent, comme le réalisateur Jean-Claude Carrière, leurs camarades atrocement mutilés, «leurs corps (…) coupés en morceaux, à la hache». Certains jeunes basculent alors dans la haine aveugle du «bicot». La hiérarchie militaire en rajoute parfois: il faut «casser du fellagha», se montrer impitoyable. Et, alors, surgit l’indicible. La torture. Elle est d’abord le fait de militaires ou de policiers locaux qui commencent à pratiquer la «question» dans certains centres, comme la savonnerie Thiar à Blida.

Les dénégations des supérieurs

Petit à petit, la pratique se banalise. Les appelés ont participé à ces horreurs dénoncées, dès 1955, par des intellectuels de tous bords, parmi lesquels François Mauriac, qui s’exprimera d’abord dans L’Express, puis dans Le Figaro. Selon Claude Juin (3), témoin de certains faits, les plus niais étaient manipulés, comme ce jeune paysan du Loiret qui s’exclamait, en plaçant la «gégène»: «Ils ne sentent rien. Ils sont comme mes vaches, quand je leur tape dessus, elles n’ont pas mal.» Si d’autres prendront un plaisir plus pervers, la plupart resteront profondément traumatisés par ce qu’ils ont vu. Puis par les dénégations de leurs supérieurs prétendant que ceux qui dénoncent la torture ne cherchent qu’à «abaisser la France», comme l’écrit ce lieutenant-colonel à Beuve-Méry. Cet esprit fort ajoute que «la France défend ici la conception occidentale de la liberté humaine». Heureusement, certaines autorités ne se résignent pas, comme le chef de la Sûreté nationale, qui proteste dès le 13 décembre 1955: «Je ne puis supporter de voir comparer des soldats français aux sinistres SS.» Mais le gouvernement de la République laisse faire (4). L’arrivée du général de Gaulle au pouvoir limitera ces excès, mais les sévices ou irrégularités graves ne cesseront pas pour autant. Et les attentats de l’OAS viendront faire d’autres victimes parmi les appelés. Reste à éclaircir le cas des irradiés dans le Sahara par les essais nucléaires. Le contraste entre ceux qui vivront ces terribles événements et ceux qui continueront à mener la vie tranquille de la métropole, les boîtes de nuit, le rock et le twist, Johnny Hallyday et Les Quatre Cents Coupsde Truffaut, ne fera qu’accentuer le désarroi de nombreux soldats. «À la loterie des générations, on n’a pas gagné le gros lot», résume Gilles Perrault, appelé en 1956. La génération suivante n’aura pas connu la guerre et elle fera Mai 68. Et les autres, ensuite, oublieront…

Dernières heures pour échanger ses billets en francs contre des euros

En dépit d’appels répétés de la Banque de France à s’y prendre tôt, de nombreuses personnes se sont pressées au dernier moment vendredi aux guichets de l’institution pour profiter de l’ultime possibilité d’échanger leurs vieux billets en francs contre des euros.

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                                      Photographe : Thomas Samson :: Des gens font la queue devant la Banque de France à Paris le 16 février 2012 pour échanger des francs contre des euros.
                                       photo : Thomas Samson, AFP

Dix ans jour pour jour après la fin du cours légal du franc, la dernière gamme de coupures encore admises à l’échange devait en effet rejoindre en fin de journée au plus tard les caisses de la Banque de France pour pouvoir être convertie en monnaie européenne.

Après l’échéance, les billets qui n’auront pas été rendus n’auront plus la moindre valeur, hors une poignée de spécimens au numéro de série très bas ou avec défaut apparent qui conserveront un intérêt pour les numismates.

L’échange était également possible auprès de l’IEDOM (Institut d’émission des départements d’outre-mer) et des nombreux centres des finances publiques (ex-trésoreries).

Cette dernière vague de retrait concernait les Pierre et Marie Curie (500 francs), Gustave Eiffel (200 francs), Cézanne (100 francs), Saint-Exupéry (50 francs) et Debussy (20 francs). Tous les autres billets, ainsi que les pièces, ont déjà tiré leur révérence et ne sont plus échangeables.

Boulevard Raspail, devant l’unique succursale de Paris procédant aux échanges, une longue file s’est formée tôt vendredi. De source interne, 850 personnes s’étaient déjà présentées la veille.

A Nanterre en revanche, la petite officine cachée dans le ventre de la préfecture a échappé à la queue constatée mercredi qui avait atteint jusqu’à 50 mètres.

L’affluence est allée crescendo ces 15 derniers jours. A la succursale de Nantes, une adjointe du service de caisse a expliqué sous couvert d’anonymat qu’en début de semaine, le nombre d’échanges (une soixantaine par jour) avait doublé par rapport à la semaine précédente.

« Ce sont surtout des personnes âgées qui viennent », souvent avec des petites sommes, tel ce « monsieur qui a trouvé un billet de 100 francs en faisant un fonds de pantalon », a-t-elle raconté.

« Il ne se passe pas une heure sans qu’on ait des personnes qui se présentent avec des billets qui ne sont plus échangeables et dont certains datent parfois des années 40 », a relevé Alain Dailly, responsable du service de caisse à Nanterre.

« Certains se présentent avec du 500 Francs Pascal, du Montesquieu, du Delacroix, qu’on n’échange plus du tout », a expliqué la responsable de Nantes.

A Nanterre, Robert, un numismate, abordait vendredi les particuliers à leur sortie de la succursale, leur proposant de racheter quelques coupures qui n’étaient déjà plus échangeables, pour peu qu’elles aient une valeur de collection. Déception: ce n’était pas le cas pour cet homme venu avec une enveloppe d’une dizaine de billets de 500 francs Pascal, ni pour Mme Kicha, lestée de poignées de pièces grisâtres qui n’ont plus de valeur légale depuis la Seconde guerre mondiale.

La succursale d’Annecy, qui a reçu de nombreux appels, a accueilli cette semaine une clientèle hétérogène en terme d’âge et « pas mal de clientèle suisse qui avait encore quelques billets », selon un responsable du service de caisse.

« Le dernier jour, il y a toujours des gens qui viennent à la dernière minute, au moment où vous fermez », soulignait sa collègue de Nantes. De source interne, certaines succursales étaient susceptibles de rester ouvertes jusqu’à 18H00 en cas de flux exceptionnels.

Toutefois, l’affluence ne devait pas battre le record de 2005, lors de la fin de l’échangeabilité des pièces en francs, quand 45.000 personnes s’étaient pressées aux guichets de la Banque de France à la date butoir.

Le site internet dédié jechangemesfrancs.com fournit la liste des succursales concernées par l’opération ainsi que la valeur d’échange des billets, échange qui ne se fera que sur présentation d’une pièce d’identité.

Fin 2010, 50 millions de ces billets échangeables, d’une valeur en euros de 602 millions (près de 4 milliards de francs), étaient encore en circulation.

Le site dédié de la Banque de France

Le Prado annonce la découverte de la « première copie connue » de la Joconde

Le musée madrilène du Prado a annoncé mercredi avoir identifié une copie de la Joconde de Léonard de Vinci qu’il présente comme « la première connue », exécutée à la même époque que l’original et dans l’atelier du peintre par l’un de ses élèves.

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                                               Photographe : Jean-Pierre Muller-Javier Sorian :: Montage réalisé le 1er février montrant la Joconde de Leonard de Vinci au Louvre (G) et une copie (D) de cette toile par un des élèves du maître photographiée au musée du Prado à Madrid
                     
                             photo : Jean-Pierre Muller-Javier Sorian, AFP

Cette oeuvre, nommée « la Mona Lisa du Prado », était connue du musée mais un fond noir occultait le paysage en arrière-plan, très semblable à celui de l’original.

Les spécialistes l’ont découvert en restaurant l’oeuvre, ainsi que d’autres détails qui leur ont permis de mieux dater le tableau.

Sur cette copie, Mona Lisa apparaît plus jeune mais avec le même sourire énigmatique que la Joconde exposée au musée du Louvre à Paris.

Il s’agit « probablement de la première copie connue de la Joconde », a affirmé le conservateur de l’Art italien du musée, Miguel Falomir, lors d’une conférence de presse.

Selon lui, les expertises suggèrent que le tableau « a été réalisé dans l’atelier du peintre. C’est absolument conforme à la façon de travailler de Léonard de Vinci ». Même si, a-t-il ajouté, « c’est une oeuvre sur laquelle Leonard n’est pas intervenu ».

Pourquoi ne pas l’avoir restauré plus tôt ? « Nous avons une collection énorme, nous ne pouvons pas » tout restaurer, a-t-il expliqué.

« Le tableau était très connu. Il a été durant de nombreuses années exposé en salle. Nous ne savions pas ce qu’il y avait en-dessous » la peinture noire, a expliqué pour sa part Gabriele Finaldi, directeur adjoint du Prado chargé de la conservation et des recherches.

« Le tableau est étonnamment bien conservé. On ne sait pas pourquoi au 18e siècle, quelqu’un a recouvert l’arrière-plan. C’est peut-être lié aux goûts esthétiques de l’époque », a-t-il ajouté.

« C’est très, très proche de ce à quoi la peinture ressemblait en 1505 », quand Léonard de Vinci achevait son chef d’oeuvre, a-t-il ajouté.

Outre le paysage, la restauration a permis de révéler d’autres éléments qui mettent en lumière la façon dont les deux portraits ont été élaborés.

« Nos collègues du Louvre ont désormais beaucoup plus d’informations qu’ils peuvent utiliser dans leurs recherches » sur le tableau, a ajouté M. Finaldi.

Selon lui, si la Mona Lisa du Prado apparaît plus jeune sur la copie, c’est que l’original est « très sale ». « Quand les peintures sont sales, les personnages ont tendance à avoir l’air plus vieux », a-t-il expliqué.

Il a précisé que le tableau prendra place au Louvre dès le 26 mars au côté du chef d’oeuvre original pour une exposition temporaire.

Le portrait de Mona Lisa est une peinture à l’huile réalisée sur un panneau de bois de peuplier entre 1503 et 1506 et représente un buste, probablement celui de la Florentine Mona Lisa del Giocondo. La Joconde est l’un des rares tableaux attribués de façon certaine à Léonard de Vinci.

La voix du chancelier Bismarck découverte sur un enregistrement de 1889

Un enregistrement unique de la voix du « chancelier de fer » Otto von Bismarck (1815-1898) réalisé par un collaborateur d’Edison il y a plus de 120 ans a été retrouvé et identifié grâce à un scientifique berlinois.

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                                            Photographe :  :: Le chancelier Otto von Bismarck (1815-1898)
                                                                   photo : AFP

Alors que le nom du premier chancelier allemand a été récemment remis au goût du jour par certains critiques de la politique européenne d’Angela Merkel, la voix de son illustre prédécesseur resurgit d’outre-tombe.

« C’est une histoire fascinante », raconte à l’AFP Stephan Puille de l’Ecole supérieure de technique et d’économie de Berlin, l’un des deux chercheurs, avec Patrick Feaster de l’Université de l’Indiana (USA), à avoir permis cette découverte.

D’une durée d’environ 1 minute et 20 secondes, l’enregistrement permet d’entendre Bismarck réciter les paroles d’une chanson américaine du début 19e siècle, « In good old colony times » (au bon temps des colonies), puis celles du « Gaudeamus igitur », un chant en latin célèbre chez les étudiants.

D’une voix grave, le chancelier récite également des vers d’une ballade du poète romantique allemand Ludwig Uhland et donne des conseils à son fils.

Mais c’est un autre morceau de l’enregistrement qui se révèle le plus surprenant: le vainqueur de la guerre de 1870 récite, dans un français teinté d’un fort accent allemand, les paroles de La Marseillaise.

« Je ne peux pas me l’expliquer », sourit M. Puille, ajoutant: « Il est possible qu’il ait fait ça comme une sorte de blague, pour se moquer des Français, je ne sais pas ».

Retracer la destinée de cet enregistrement permet de plonger au coeur de l’histoire des techniques.

A l’été 1889, l’ingénieur américain Thomas Edison avait envoyé son collaborateur, Adelbert Theo Wangemann, pour présenter son phonographe lors de l’Exposition universelle de Paris.

Wangemann a ensuite effectué une tournée européenne, retournant dans son pays natal pour faire la promotion de l’appareil. A deux reprises, il rencontre l’empereur Guillaume II mais n’enregistre pas sa voix.

Et le 7 octobre, il est invité par le chancelier Bismarck dans sa propriété de Friedrichsruh, près d’Hambourg (nord). C’est là que sera gravé l’enregistrement sur un cylindre, raconte M. Puille, dans un mémoire très documenté que l’AFP a consulté.

Dans les archives, le voyage de Wangemann, tout comme les différentes prises de son réalisées à cette occasion, ont laissé de nombreuses traces (compte-rendus de presse, correspondances privées, etc.), ce qui a permis à M. Puille et à son collègue américain de faire les recoupements nécessaires à l’identification des enregistrements.

« Des comparaisons avec des enregistrements de la même époque ont également permis d’identifier les mêmes bruits de fond », détaille le chercheur.

« Selon moi, et j’ai une certaine expérience, ce sont bien des originaux », a-t-il déclaré, se disant sûr d’avoir « identifié les cylindres que l’on croyait disparus ».

Ces derniers avaient en fait été retrouvés le 11 septembre 1957, dans une caisse entreposée dans un recoin du laboratoire Edison, transformé en musée, dans le New Jersey (nord-est des Etats-Unis). Mais jusqu’en 2005, personne n’en avait exploré le contenu.

« C’est le seul enregistrement existant de la voix de Bismarck, ce qui a bien sûr une signification historique inestimable », résume M. Puille, tandis que la fondation Bismarck, située dans la propriété où a été réalisée la prise de son, se réjouissait d’une découverte « sensationnelle », sur son site internet.

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