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Archives de mars, 2011

Le Japon cherche des solutions pour écarter le danger à Fukushima

Le Japon étudiait mercredi toutes les options pour réduire les émissions radioactives et évacuer des tonnes d’eau contaminée à la centrale Fukushima Daiichi (N°1), y compris recouvrir les réacteurs d’une bâche spéciale ou utiliser les réservoirs d’un tanker.

                                                                   Photographe :  :: Le Premier ministre japonais Naoto Kan le 30 mars 2011 à Tokyo
                                                                                     photo : AFP

L’opérateur du site, Tokyo Electric Power (Tepco), a accepté l’aide du groupe nucléaire français Areva, dont la présidente, Anne Lauvergeon, est arrivée mercredi à Tokyo avec des experts, dans le but de prêter techniquement main forte aux équipes nippones, notamment pour le traitement des eaux contaminées.

Le ministère américain de l’Energie a également mis à sa disposition des robots résistant aux radiations, capables de recueillir des informations sur les réacteurs dans des endroits où la radioactivité est trop élevée.

Critiqué pour son absence remarquée depuis le début de la crise nucléaire la plus grave depuis Tchernobyl, le PDG de Tepco, Masataka Shimizu, 66 ans, a été hospitalisé mardi soir, pour hypertension artérielle, a confirmé lors d’une conférence de presse le président honoraire du groupe, Tsunehisa Katsumata.

 

Ce dernier a par ailleurs jugé inévitable le démantèlement des réacteurs 1 à 4 de la centrale Fukushima Daiichi (N°1), construite il y a plus de 40 ans sur la côte du Pacifique, à 250 km au nord de la mégapole de Tokyo et de ses 35 millions d’habitants.

Ce site, qui compte six réacteurs, n’était pas conçu pour résister au tsunami de 14 mètres qui l’a endommagé le 11 mars après le plus puissant séisme jamais enregistré au Japon.

L’alimentation électrique des circuits de refroidissement des réacteurs a été brutalement interrompue. Privé d’eau, le combustible nucléaire a commencé à chauffer et à entrer en fusion, provoquant une série d’explosions et d’importantes fuites radioactives.

Toutefois ce processus infernal, qui pourrait déboucher sur un accident nucléaire majeur, semble pour l’instant avoir été enrayé.

« Les informations actuelles dont nous disposons laissent penser que la centrale connaît un lent rétablissement après l’accident », a dit Peter Lyons, sous-secrétaire américain par intérim chargé du Bureau de l’Energie nucléaire au ministère de l’Energie.

« Il y a encore un grand nombre d’obstacles à surmonter pour que la centrale nucléaire retrouve une stabilité, mais je pense que les choses vont dans la bonne direction », a confirmé William Borchardt, un haut responsable de la Nuclear Regulatory Commission (NRC), la commission américaine de régulation nucléaire.

Des milliers de tonnes d’eau de mer, remplacée récemment par de l’eau douce à cause des effets corrosifs du sel, ont été déversés jour et nuit sur les réacteurs afin de les refroidir et stopper la fusion.

Mais cette énorme quantité d’eau, contaminée par les radiations, s’est infiltrée dans les salles des machines et dans les galeries techniques souterraines, puis a ruisselé jusqu’à l’océan Pacifique tout proche, où le taux d’iode radioactif atteint plus de 3.300 fois la norme dans l’eau de mer.

Les techniciens, qui luttent depuis bientôt vingt jours, sont confrontés à un cercle vicieux: il est vital de refroidir les réacteurs, mais plus ils utilisent d’eau, plus les nappes radioactives augmentent. Et moins ils injectent d’eau, plus la température augmente dans les réacteurs.

L’Agence de sûreté nucléaire japonaise a estimé mercredi que le moment était venu de chercher des solutions inédites.

« Nous sommes face à une situation sans précédent et nous devons donc réfléchir à des stratégies différentes, au-delà de ce que faisons habituellement », a déclaré un responsable à l’AFP.

Tepco pourrait utiliser un bateau-citerne en face de la centrale pour évacuer le liquide hautement radioactif, et étudie la possibilité de recouvrir les bâtiments endommagés de trois des six réacteurs d’une bâche fabriquée dans un matériau spécial, capable de limiter les dégagements de vapeurs radioactives.

Les intervenants doivent en outre commencer jeudi à tapisser le site d’une résine afin de réduire la propagation de matières radioactives.

La découverte de plutonium dans cinq prélèvements de terre à la centrale et l’accumulation d’iode radioactif et de césium dans l’eau de mer font craindre une grave pollution de l’environnement et de la chaîne alimentaire.

Le Premier ministre Naoto Kan a assuré que le gouvernement était « en alerte maximum » pour éviter une catastrophe écologique.

Le ministère de l’Industrie a ordonné mercredi aux neuf compagnies d’électricité régionales et aux deux entreprises qui exploitent des réacteurs nucléaires au Japon de contrôler rapidement leurs installations et de prendre des mesures pour réduire leur vulnérabilité aux tsunamis.

Libye: les pro-Kadhafi ont repris Ras Lanouf

Les forces du régime libyen de Mouammar Kadhafi ont repris mercredi matin le contrôle de la ville pétrolière de Ras Lanouf, forçant les rebelles à abandonner leurs positions et à fuir plus à l’Est, selon des journalistes de l’AFP.

      
                                                                    Photographe : Aris Messinis :: Des rebelles libyens sur la route menant à Ras Lanouf, le 29 mars 2011
                                                                          photo : Aris Messinis, AFP

Les loyalistes ont reconquis la ville en fin de matinée et les rebelles pris de panique cherchaient à se replier vers la ville de Brega, aux mains des insurgés.

Ras Lanouf, où se trouve une importante raffinerie, était tombé le 27 mars aux mains des insurgés dont l’avancée a été stoppée ces deux derniers jours par les forces du régime.

Ras Lanouf est située à 370 km à l’ouest de Benghazi, le bastion des rebelles dans l’Est, et à une soixantaine de km du port pétrolier de Brega, repris la semaine dernière par les insurgés, avec l’appui des raids internationaux sur les forces de Kadhafi.

Des combattants rebelles se dirigeaient par centaines vers l’est, appelant la coalition internationale à frapper les positions de Kadhafi, ce qu’elle n’a pas fait pendant la nuit, ont-ils déploré.

« On a un gros souci. On se replie », a déclaré à l’AFP un combattant, Salama Dadida, alors que des centaines de voitures et de pick-ups traversaient al-Uqaila, environ 20 km à l’est de Ras-Lanouf, en direction de Brega.

« Les troupes de Kadhafi tirent des roquettes et des obus », a-t-il décrit.

« Nous voulons que les Français bombardent les soldats (de Kadhafi, NDLR) », a dit un autre combattant, Ali Atia al-Fatouri, alors que s’intensifiaient les tirs d’armes lourdes et légères.

Mardi, les insurgés libyens qui cherchent à renverser Kadhafi depuis mi-février, étaient arrivés à quelques dizaines de kilomètres de Syrte, ville natale du dirigeant libyen, où ils ont été arrêtés par les troupes loyalistes.

Pris sous le feu de tirs d’artillerie lourde, ils avaient dû faire marche arrière, pour la première fois depuis le début des frappes aériennes lancées par la coalition internationale le 19 mars, et s’étaient établis à Ras Lanouf, prise pour cible peu après par les obus de l’armée libyenne.

Libye: les rebelles prennent Ajdabiya et avancent vers l’ouest

La ville stratégique d’Ajdabiya, dans l’est de la Libye, est tombée samedi aux mains des rebelles, qui avançaient vers l’ouest, une semaine après le début de l’intervention internationale contre les forces de Mouammar Kadhafi.

                                           Partagez cet article sur FacebookPartagez cet article sur Yahoo! BuzzpartagezPhotographe :  :: Carte de localisation des raids de la coalition sur la Libye et des attaques des forces pro-Kadhafi
                                                                       photo : AFP

Les pro-Kadhafi, qui avaient repris Ajdabiya la semaine dernière, ont déserté leurs positions à la faveur de l’obscurité, s’enfuyant vers l’ouest, par la route côtière.

Des bombardements aériens avaient visé vendredi après-midi les positions des forces loyalistes. Profitant de cet appui, les rebelles ont repris l’offensive et pénétré dans ce carrefour stratégique, situé à 160 km au sud de Benghazi, le fief de l’opposition.

Ajdabiya est la première ville reprise par les rebelles depuis le début, le 19 mars, de l’offensive de la coalition internationale.

« Les affrontements étaient incessants vendredi, puis tout s’est arrêté vers 23H30. Et à minuit, les hommes de Kadhafi sont partis », a déclaré un habitant, Omar Bachi.

« Les rebelles sont entrés dans la ville peu après, et nous ont dit que c’était fini. Il était temps, nous n’avions plus que du riz à manger depuis plusieurs jours », a-t-il ajouté.

La ville, désormais calme, résonnait du bruit des tirs de joie et des klaxons des voitures de rebelles, qui faisaient le V de la victoire.

« Ajdabiya est à 100% sous le contrôle de nos forces, et nous poursuivons les forces de Kadhafi sur la route de Brega », à quelque 80 km plus à l’ouest, a déclaré un porte-parole des insurgés à Benghazi, Chamsiddin Abdoulmolah.

« Les forces de Kadhafi sont sur la défensive car elles n’ont plus de puissance aérienne ni d’armes lourdes », après une semaine d’attaques aériennes, a-t-il dit.

Un autre porte-parole, Ahmed Khalifa, a indiqué que neuf civils avaient été tués et neuf blessés dans les combats à Ajdabiya tôt samedi.

Les corps d’au moins 21 combattants des forces loyales au colonel Kadhafi ont par ailleurs été ramassés dans le désert après les raids de la coalition, selon une source médicale.

M. Abdoulmolah a souligné que les raids avaient « préparé le champ de bataille » pour les rebelles et affirmé que des officiers et soldats expérimentés ayant fait défection des rangs des forces du colonel Kadhafi avaient depuis jeudi joué un rôle majeur dans le siège d’Ajdabiya.

Ces militaires ont coordonné leurs attaques avec la coalition, entrant en action entre les tirs aériens.

La coalition n’a pas relâché sa pression en d’autres points du pays. Elle a mené des attaques vendredi soir et dans la nuit sur la ville de Zliten à 160 km à l’est de la capitale, sur la région d’Al-Watia (ouest) et a bombardé un site militaire à Tajoura, dans la banlieue est de Tripoli, selon la télévision libyenne et un témoin.

Plusieurs sites militaires sont situés dans cette banlieue est de la capitale, visée quotidiennement par les raids de la coalition.

Le président américain Barack Obama s’est félicité samedi de l’évolution de la situation, éclarant que la mission internationale en Libye était « claire, ciblée et en train de réussir ».

« Ne vous y trompez pas: parce que nous avons agi rapidement, une catastrophe humanitaire a été évitée et les vies d’innombrables civils innocents, hommes, femmes et enfants, ont été sauvées », a-t-il déclaré.

Un responsable du ministère libyen de la Santé a affirmé que les raids de la coalition avaient fait au moins 114 morts et 445 blessés de dimanche à mercredi, essentiellement à Tripoli et dans sa banlieue.

Vendredi, le régime libyen s’est dit prêt à accepter un plan de l’Union africaine (UA) qui propose la cessation des combats et l’ouverture d’un dialogue entre Libyens en préalable à une « transition » démocratique.

« Nous sommes prêts à mettre en oeuvre la feuille de route » envisagée par l’UA, y compris « la mise en oeuvre d’une politique qui réponde aux aspirations du peuple libyen de façon pacifique et démocratique », ont affirmé les membres d’une forte délégation gouvernementale lors d’une réunion de l’UA à Addis Abeba, où aucun représentant de la rébellion n’était présent.

Pour autant, les partisans de Kadhafi ont continué vendredi à pilonner Misrata, à 200 km à l’est de Tripoli, selon un témoin, qui a précisé qu’une mère et ses quatre enfants avaient été tués.

Un rebelle à Benghazi, Moustafa Gheriani a déclaré que Misrata, fortement frappé par les forces pro-Kadhafi, avait besoin d’un soutien international, via des attaques aériennes et de l’aide humanitaire.

« S’il vous plaît, faîtes quelque chose pour Misrata ».

Militaire, l’intervention de la coalition internationale se veut ausi politique.

A l’approche d’un sommet prévu mardi à Londres, le président français Nicolas Sarkozy a annoncé « une initiative franco-britannique » en vue d’une solution politique « pour bien montrer que la solution ne peut pas être que militaire ».

L’Italie va présenter son plan au cours de la réunion.

Concernant la conduite des opérations, les pays de l’Otan ont conclu jeudi soir un compromis laborieux: ils vont prendre dans l’immédiat le relais de la coalition pour la zone d’exclusion aérienne, mais pas tout de suite pour les frappes au sol.

Des négociations doivent se poursuivre dimanche, pour que l’Otan prenne bientôt toutes les opérations en main.

L’ambassadeur de Russie auprès de l’Otan, Dmitri Rogozine, a déclaré samedi qu’une intervention terrestre équivaudrait à une occupation et insisté sur la nécessité de s’en tenir à la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU.

Le colonel Kadhafi, au pouvoir depuis près de 42 ans, fait face depuis le 15 février à une révolte qui a fait des centaines de morts et poussé plus de 300.000 personnes à fuir.

Libye: poursuite de l’offensive, Paris table sur des « semaines »

La coalition internationale accentuait vendredi la pression sur le colonel Mouammar Kadhafi, avec de nouvelles frappes aériennes en Libye, Paris tablant sur des « semaines » d’opérations.

  
                                                                                                         Photographe : Aris Messinis :: Des rebelles le 24 mars 2011 dans la région d'Ajdabiya
                                                                                                         photo : Aris Messinis, AFP

Dans la nuit de jeudi à vendredi, des avions de combat Tornado de l’armée britannique ont tiré des missiles sur des véhicules blindés qui « menaçaient » des civils dans la ville d’Ajdabiya, dans l’est de la Libye, a annoncé le ministère britannique de la Défense.

Ajdabiya, située à 160 km au sud de Benghazi, le fief des rebelles, est aux mains des forces pro-Kadhafi. Selon un journaliste de l’AFP jeudi, un grand nombre d’insurgés avançaient rapidement pour reprendre le contrôle de cette ville clé. Un porte-parole des insurgés à Benghazi, Ahmed Omar Bani, a d’ailleurs affirmé que certains pro-Kadhafi à Ajdabiya étaient « prêts à se rendre ».

D’après un bilan provisoire communiqué par un porte-parole du régime libyen, les raids de la coalition ont fait « environ 100 morts » parmi les civils depuis le début de l’offensive le 19 mars.

 

De son côté, le chef militaire de la coalition, le général Carter Ham, a dit ne pas « être sûr qu’il n’y ait eu aucune victime civile ». « Mais nous sommes très, très précis et sélectifs dans nos objectifs », a-t-il affirmé.

Le chef d’état-major français Edouard Guillaud a déclaré à la radio France Info qu’il « pensait » que les opérations alliées en Libye se prolongeraient pendant des « semaines » et « espérait » qu’elles ne dureraient pas des « mois ».

A Tripoli, des tirs de la défense anti-aérienne et plusieurs fortes détonations ont été entendues jeudi soir, selon un journaliste de l’AFP. La DCA est entrée en action à partir de 19H00 GMT et au moins une explosion a été entendue depuis le centre de Tripoli. Deux explosions ont été par ailleurs entendues à Tajoura (à 30 km de la capitale), où une colonne de fumée s’échappait d’un site indéterminé.

Jeudi, un avion des forces libyennes avait été détruit au sol par un avion de chasse français à Misrata (200 km à l’est de Tripoli).

La coalition avait par ailleurs visé la région de Tajoura, à une trentaine de km à l’est de Tripoli. La télévision d’Etat avait confirmé que « des sites militaires et civils » de cette région avaient été la cible de raids.

Les combats entre pro et anti-Kadhafi se poursuivaient par ailleurs dans plusieurs villes, notamment à Misrata, troisième ville du pays.

Les forces loyalistes y ont tué 109 personnes et en ont blessé plus de 1.300 depuis le 18 mars, a indiqué à l’AFP un médecin.

Dans le même temps, les pays de l’Otan concluaient tard jeudi soir un compromis laborieux tard qui va les voir prendre le relais de la coalition pour imposer une zone d’exclusion aérienne, mais pas encore les frappes au sol. Le rôle exact de l’Alliance atlantique est l’objet d’âpres négociations depuis plusieurs jours, notamment avec la Turquie, opposée aux bombardements.

L’offensive a été lancée à l’initiative de la France, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, rejoints par une coalition de pays volontaires, y compris arabes. Mais les Etats-Unis et plusieurs autres pays, Turquie en tête, insistent pour que la responsabilité militaire totale de l’opération passe le plus rapidement possible sous pavillon de l’Otan, ce que la France voit d’un mauvais oeil de crainte de s’aliéner l’opinion arabe.

Une solution provisoire a été trouvée jeudi soir: la poire sera coupée en deux.

« Nous avons décidé de mettre en oeuvre la zone d’interdiction de survol au-dessus de la Libye », a déclaré le secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen.

« L’Otan est parvenue à un accord politique pour inclure dans sa mission et son commandement tous les autres aspects » de la résolution 1973 de l’ONU, a cependant assuré une source très haut placée dans l’administration américaine, sous couvert de l’anonymat.

Côté français, on continue à minimiser l’importance de l’Alliance atlantique.

« Chacun doit comprendre que la coordination doit rester éminemment politique, même si elle reposera sur la machinerie de l’Otan », car des pays arabes non membres de l’Alliance participent à l’intervention, a indiqué le président français Nicolas Sarkozy.

L’action militaire de la coalition a « évité des milliers et des milliers de morts », a-t-il affirmé. « Tant que la population (libyenne) sera sous la menace de tanks, d’avions, nous serons là ». Il a précisé que l’opération pouvait prendre fin « à la minute où les forces de Kadhafi retournent à leurs casernes » et « arrêtent d’assiéger ces villes ».

Pour sa part, l’Union européenne a déclaré qu’elle était prête à bloquer tous les revenus pétroliers et gaziers qui pourraient profiter au régime libyen.

L’UA a invité vendredi à Addis Abeba des représentants de Mouammar Kadhafi et de la rébellion pour discuter d’un cessez-le-feu. Le colonel Kadhafi, au pouvoir depuis 42 ans, fait face depuis le 15 février à une révolte qui a fait des centaines de morts et poussé plus de 300.000 personnes à fuir.

Kadhafi promet des milliers de morts en cas d’intervention

AFP – 02/03/2011 à 16:27

Le colonel Mouammar Kadhafi a contre-attaqué mercredi, promettant dans un discours des milliers de morts en cas d’intervention des Occidentaux en Libye et envoyant troupes et avions de chasse à l’attaque dans l’Est contrôlé par les insurgés.

    
                                            Photographe :  :: Libye: 'Détruire les pistes d'atterrissage' (ex-dignitaire). Durée: 01:36
                                                               photo : AFP

En face, un porte-parole de l’opposition à Benghazi, centre névralgique de la révolte, a réclamé des frappes de l’ONU contre les mercenaires employés par le régime.

Au 16e jour d’insurrection, la communauté internationale, soucieuse d’aider l’opposition mais consciente des conséquences néfastes d’une trop grande implication, avance ses pions, notamment militaires, après avoir adopté une série de sanctions économiques.

A Tripoli, le « guide de la révolution libyenne » est apparu devant une foule de partisans lors d’une cérémonie marquant le 34e anniversaire de l’établissement du « pouvoir des masses » en Libye.

« Des milliers de Libyens mourront en cas d’intervention de l’Amérique ou de l’Otan », a-t-il prévenu lors d’un discours de plus de deux heures et demie.

En outre, « nous ne pouvons pas permettre aux Américains ou à l’Occident d’intervenir en Libye. S’ils le font, ils doivent savoir qu’ils se jettent dans un enfer et une mer de sang pire que l’Irak ou l’Afghanistan (…). Nous distribuerons les armes par millions et ce sera un nouveau Vietnam », a-t-il martelé.

Assurant qu’il ne quitterait jamais le pays et qu’il ne pouvait abandonner le pouvoir, il a de nouveau accusé le réseau Al-Qaïda d’être à l’origine de l’insurrection et promis l’amnistie à ceux qui rendraient les armes, tout en assurant qu’il n’y avait « pas de manifestations en Libye ».

Le numéro un libyen a également affirmé que la production pétrolière de son pays, qui détient les plus importantes réserves d’Afrique, était « au plus bas », et menacé de remplacer les entreprises occidentales par des sociétés chinoises et indiennes.

Sur le terrain, les forces libyennes, soutenues par des blindés et par de l’artillerie lourde, ont lancé une attaque à Brega, la localité la plus avancée contrôlée par les insurgés dans l’Est.

« Les troupes pro-Kadhafi sont arrivées à l’aube à Brega, elles ont pris les raffineries », a déclaré un témoin, faisant état, comme plusieurs autres, de « mercenaires tchadiens » parmi les forces pro-Kadhafi.

Un autre témoin a évoqué des combats intenses au port, où se trouve un terminal pétrolier. Un journaliste de l’AFP arrivé à Brega dans l’après-midi a entendu une forte explosion et vu un épais nuage de fumée s’élever près de l’université.

La ville était secouée par des tirs d’obus qui provoquaient des nuages de fumée et par des combats à l’arme lourde. Des responsables de l’opposition ont assuré qu’ils encerclaient des soldats fidèles au colonel Kadhafi à l’université et aux portes de la Sirte Oil Company (SOC).

« Leurs munitions s’épuisent. Ils tirent au hasard. Nous prendrons ces positions avant la nuit », a affirmé un combattant insurgé.

Un peu plus au nord, la région d’Ajdabiya a été touchée par des raids aériens qui n’ont pas fait de victime.

A Benghazi, un porte-parole a annoncé que l’ancien ministre de la Justice, Mustapha Mohamad Abdeljalil, allait présider le « Conseil national » de transition mis en place dans les villes contrôlées par les insurgés.

Sur le plan humanitaire, la situation a atteint un niveau de « crise » critique à la frontière entre la Libye et la Tunisie. Une foule s’étendait « sur des kilomètres et des kilomètres » pour quitter la Libye, selon le HCR.

Les organisations humanitaires et la communauté internationale ont engagé mercredi une course contre la montre et le chaos. La France et le Royaume-Uni ont annoncé l’envoi de plusieurs avions et d’un navire pour évacuer des milliers de personnes vers l’Egypte. Un premier vol était prévu dès mercredi.

Le Programme alimentaire mondial (PAM), agence de l’ONU, a annoncé un plan d’aide alimentaire d’urgence de 38,7 millions de dollars (28 millions d’euros) pour 2,7 millions de personnes en Libye, en Egypte et en Tunisie.

Selon le porte-parole de la Ligue libyenne des droits de l’Homme, Ali Zeidan, les violences liées à la répression de l’insurrection ont fait 6.000 morts, dont 3.000 dans la seule ville de Tripoli.

Dans le même temps, deux navires de guerre américains, dont le porte-hélicoptères USS Kearsarge, ont franchi mercredi le canal de Suez pour rejoindre la Méditerranéenne et se positionner au large de la Libye.

« Un navire comme le Kearsarge est capable de plusieurs types de mission », avait expliqué à l’AFP un responsable du Pentagone. Ce porte-hélicoptères, qui transporte des chalands de débarquement et 800 Marines, peut assurer un soutien à des opérations humanitaires ou militaires.

L’option d’une intervention militaire en Libye suscitait cependant de profondes divisions au sein de l’Otan, en raison des craintes de réaction dans le monde arabe, des réticences à voir l’alliance élargir son champ d’influence et de la complexité de l’opération.

Mais si Londres et Washington ont poussé en ce sens, « il n’y a pas de consensus au sein de l’Otan pour le recours à la force », a reconnu mardi le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates.

Libye: Kadhafi sourd aux pressions

AFP – 01/03/2011 à 08:06

L’opposition contrôlait lundi de vastes territoires en Libye, y compris les principaux champs de pétrole, le colonel Kadhafi restant sourd à la pression croissante de la communauté internationale qui étudiait toutes les options y compris militaires.

    
                                                 Photographe :  :: Benghazi, ville 'libérée' est désormais aux mains des opposants au régime de Mouammar Kadhafi. Sujet. Durée: 01:10
                                                                   photo : AFP

Au 14e jour d’un soulèvement sans précédent, Mouammar Kadhafi et ses forces ne contrôlent plus que Tripoli et sa région. Selon le commissaire européen à l’Energie Gunther Oettinger, les principaux champs de pétrole libyens sont désormais « sous le contrôle de tribus et de forces provisoires qui ont repris le pouvoir ».

L’opposition a annoncé la reprise imminente des exportations de pétrole à partir de l’est du pays qu’elle contrôle.

La communauté internationale s’interrogeait sur les moyens de mettre fin à l’instabilité dans le pays et réfléchissait notamment à une interdiction de l’espace aérien. L’armée américaine positionne des forces navales et aériennes autour de la Libye, a indiqué le Pentagone, précisant que ses planificateurs étudiaient diverses solutions. La chef de la diplomatie Hillary Clinton a précisé qu’aucune action militaire impliquant des navires américains n’était prévue dans le pays.

A l’issue d’une visite au musée de l’Holocauste de Washington, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a jugé que la communauté internationale était à nouveau « mise à l’épreuve » 70 ans après les atrocités nazies, dénonçant l’attitude du pouvoir en Libye et en Côte d’Ivoire. M. Ban avait rencontré plus tôt dans la journée le président américain Barack Obama à la Maison Blanche.

En France, le Premier ministre François Fillon a indiqué que toutes les options étaient à l’étude, dont celle de l’interdiction du survol du territoire libyen qui nécessiterait toutefois l’implication de l’Otan et l’approbation de l’ONU. L’Italie s’est déclarée favorable à une interdiction du survol de la Libye. Mais le chef de la diplomatie canadienne Lawrence Cannon a déclaré qu’il « ne semble pas y avoir de consensus » entre les alliés occidentaux sur l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne en Libye.

Après l’ONU et les Etats-Unis, l’Union européenne a adopté lundi un embargo sur les armes contre la Libye ainsi qu’un gel des avoirs et des interdictions de visa contre le colonel Kadhafi et 25 de ses proches. Les Etats-Unis ont bloqué 30 milliards de dollars d’actifs libyens depuis les sanctions annoncées vendredi par la Maison Blanche, a indiqué un haut responsable du Trésor.

Des informations, obtenues auprès de témoins, sur des raids aériens des forces loyales à Kadhafi ont été démenties par les autorités libyennes.

Ces derniers jours, des vols soupçonnés d’être liés à un trafic d’armes entre le Bélarus et la Libye ont été repérés par l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm.

Face à la pression croissante de la communauté internationale, M. Kadhafi, au pouvoir depuis plus de 40 ans, est resté inflexible. « Mon peuple m’adore. Ils mourraient pour me protéger », a-t-il affirmé dans un entretien avec la chaîne de télévision ABC. Des déclarations qualifiées de « délirantes » par l’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU Susan Rice.

Les Etats-Unis ont accusé lundi le gouvernement libyen de brouiller la retransmission des programmes des chaînes d’information étrangères, soulignant que cette initiative démentait les propos du colonel Kadhafi selon lesquels tout est calme dans le pays.

L’Occident se prépare à aider les opposants, qui ont créé un « Conseil national indépendant » chargé de représenter « les villes libérées ». Cet organe sera « le visage de la Libye pendant la période de transition », a déclaré son porte-parole Abdelhafez Ghoqa.

En dehors de l’Est, l’opposition revendique le contrôle de plusieurs villes autour de la capitale et dans l’Ouest, dont Nalout (230 km à l’ouest de Tripoli) et Zawiyah (60 km à l’ouest de la capitale).

Les villes stratégiques de Misrata, à l’Est, et Gherien, au Sud, semblent aussi sous contrôle de l’opposition. Mais lundi soir à Misrata, des forces fidèles à Mouammar Kadhafi ont tiré sur des passants faisant au moins deux morts et un blessé grave, a indiqué à l’AFP un témoin joint par téléphone.

A Tripoli, des postes de contrôle ont été mis en place dans et autour de la capitale par les militants pro-Kadhafi et le pain et l’essence y étaient rationnés, selon un habitant.

Au-delà des sanctions, Hillary Clinton a réclamé lundi que soient préparées « des mesures supplémentaires pour que le gouvernement Kadhafi rende des comptes, pour fournir une aide humanitaire et pour soutenir le peuple libyen dans sa quête d’une transition vers la démocratie ».

Les Etats-Unis vont envoyer deux équipes humanitaires aux frontières de la Libye avec la Tunisie et l’Egypte, a-t-elle annoncé, alors que la Croix Rouge internationale a exigé un accès immédiat à l’ouest de la Libye.

La France a envoyé dans la nuit un avion à Benghazi, via Le Caire, transportant cinq tonnes de matériel médical et des médicaments, et le Programme alimentaire mondial a annoncé l’expédition de 80 tonnes de biscuits énergétiques.

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, mène un examen préliminaire sur les violences en Libye, préalable à une éventuelle enquête pour crimes contre l’humanité.

Les prix du pétrole ont reculé lundi à New York, l’engagement de l’Arabie saoudite à assurer la stabilité d’un marché inquiet pour la production de brut en Libye ayant apaisé certaines tensions.

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